10 oct
2009
Bonus des traders, un faux problème ?
Les gouvernants, depuis plusieurs mois, nous parlent de la responsabilité des traders dans la crise. Ce sont eux les méchants et en plus ils ont des salaires indécents. Si on régule leur bonus, ils ne pourront plus être méchants… Et si on nous parlait tout le temps des traders pour ne pas aborder les vraies causes du problème ? En préambule, on peut se demander ce qu’est un trader ? D’après ce que j’avais compris, dites-moi si je me trompe, c’est un agent chargé de gérer le portefeuille boursier de ses clients au mieux de leurs intérêts. Peut-on lui en vouloir de faire ça très bien et d’être payé pour ça ? A priori, ce serait le seul métier au monde pour lequel il vaudrait mieux ne pas bien le faire… Ce n’est pas sérieux.
D’accord, me direz-vous (si, si, je sais que vous allez me dire ça), mais ça n’empêche pas de plafonner leur rémunération. Je suis d’accord avec vous. Pourquoi pas. Mais une fois qu’on aura plafonné les bonus au niveau mondial pour éviter que les meilleurs n’aillent se vendre au plus offrant ailleurs, que se passera-t-il ? On aura dans certains cas certains traders qui arrêterons de bosser au max quand ils auront atteint leur bonus optimum. D’une manière générale, on aura juste une masse de traders qui seront au maximum de leur rémunération au lieu d’avoir une pyramide de rémunération. Bref, on coupe la pointe de la pyramide et on élargit le sommet. Super, les seuls gagnants sont les sociétés qui les paient : entre autres les banques. Moins de salaires à verser, plus de bénéfices à se partager. La belle affaire. Ca reviendrait à plafonner le bonus des joueurs de foot… moral, mais sans intérêt pour le supporter de foot. Seul les clubs seraient plus riches (ou l’inflation des revenus se déplacerait sur des joueurs moins bons).
Alors au lieu de se poser en défenseur du prolétariat en proposant de plafonner les bonus des traders, les gouvernants n’auraient-ils pas du se pencher sur le travail même des traders ?
Après tout, c’est bien à cause de ce que les traders ont le droit de faire que la crise est arrivée, pas de combien ils sont payés ! Le problème vient des actifs pourris, dont on nous dit s’être débarrassé. Comment ? Moi j’ai une formation et un esprit scientifique, je crois à la conservation des éléments : ces actifs pourris ont-ils été un peu mieux dilués pour limiter leur risque et leur visibilité ? Ont-ils été regroupés dans une espèce de banque d’actifs pourris (comment ça marcherait ça ?) ? A-t-on accéléré les expulsions des gens ou bradé les maisons saisies aux USA, puisqu’on sait que la crise a commencé dans l’immobilier états-uniens ? (je ne sais pas si on peut dire états uniens, mais j’en ai marre qu’on les appelle américains. Les canadiens, les colombiens et autres sont autant américains qu’eux…)
Bref, il parait qu’on a régularisé le problème des sub-primes. Que ça n’arrivera plus. Mais le cash-flow étant toujours là (toujours la conservation des éléments), si certains y ont laissé jusqu’à leur chemise, d’autres se sont forcément enrichis… Et comme un malheur n’arrive jamais seul, ils vont vouloir s’enrichir encore plus. Quelle va être la nouvelle bulle ? Est-ce que les vendeurs de produits financiers vont inventer un nouveau produit miracle ? Va-t-on utiliser plus avant les produits existants ?
Je n’ai pas les compétences dans le domaine pour savoir ce qui va se passer, je l’avoue humblement, mais il y a quelques points qui m’interpellent toujours autant et qu’on n’a pas évoqué ou pas dans les médias que je consulte : les spéculations du genre vente à découvert… Est-ce que quelqu’un pourrait m’expliquer la moralité de pouvoir vendre un produit qu’on ne possède pas, en pariant sur sa baisse pour l’acheter moins cher qu’on l’a vendu et empocher la différence ??? Que ce soit des actions ou de la monnaie, je n’arrive absolument pas à comprendre en quoi ça fait du bien à l’économie ??? Il n’y a pas si longtemps, la valeur d’une entreprise dépendait de sa rentabilité, de sa trésorerie et ses perspectives d’avenir. Aujourd’hui, ça n’a plus rien à voir apparemment.
La somme colossale de devises mobilisées pour jouer à ces petits jeux très lucratifs ne seraient-elle pas plus utiles à l’économie si elle était investie dans l’économie réelle ? Certes, les prises de bénéfices seraient moins rapide, mais qu’est-ce qui presse ? On nage dans le même délire que pour le grand sujet à la mode en ce moment, on se croit dans un système infini, alors qu’on est dans un système fini. En effet, à force de dégraisser pour augmenter la rentabilité, les entreprises coupent les branches sur lesquelles elles sont assises. Ne voient-elles pas que leurs salariés sont aussi leurs clients ? Un salarié consomme, un chômeur un peu moins, un chômeur en fin de droit encore moins… Certes, ça ne se fera pas du jour au lendemain, mais on commence déjà à voir des entreprises qui avaient été délocalisées repartir un peu plus loin où la main d’oeuvre est encore un peu moins chère. Un jour il n’y aura plus de pays moins cher. On a malheureusement encore de la marge, on a l’impression que les multinationales se gardent l’Afrique comme une poire pour la soif. Vous avez déjà entendu parler d’une délocalisation vers l’Afrique ?
Pour conclure, nos grands puissants, l’un d’entre eux nouvellement nobélisé, ne devraient-ils pas plutôt essayer de ré-orienter la formidable masse monétaire qui circule dans les bourses mondiales, mais restent dans ces bourses au lieu d’investir dans du concret ? Oui, je crois qu’ils feraient mieux de faire ça, au lieu de nous vendre de la poudre aux yeux avec leurs histoires de traders.







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